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Jeune diplomée cherche emploi (désespérément) !

L’entre deux…

L ‘entre deux est un concept assez particulier à expérimenter. La fin du CDD est effective, les démarches administratives pour une inscription chez pôle emploi en cours, pourtant socialement ton statut reste flou… Tu n’es pas totalement demandeur d’emploi car tu n’as pas encore reçu ton petit coupon rose et bleu des entrées VIP indiquant que toi aussi tu appartiens à cette grande famille, et tu n’es déjà plus salarié. Ce qui signifie que durant un laps de temps (plus ou moins long), tu ne perçois rien. L’aventure commence là !

Pour la première fois de ta vie, il t’est donné de te lever à l’heure que tu veux. Pourtant, tu t’obstines à mettre le réveil tous les jours à 8 heures afin de rester dans la dynamique.

Tu cours dans tous les sens pour faire des démarches. Tu as entendu parler du RSA et c’est confiante que tu te rends à la CAF pour en faire la demande. Avant de réussir à pénétrer dans l’antre sacrée il t’aura fallu trois tentatives.

La première fois tu y es allée à l’aube, il n’y avait personne, ce qui t’a quand même interpellé. Pour autant, fière de ton efficacité, tu t’es dis que tu allais pouvoir passer du premier coup ! Malheureusement pour toi les bureaux sont fermés tous les jeudis, et c’est justement un jeudi que tu as décidé de t’y rendre. Pas de panneau indiquant l’inaccessibilité au public ce jour, aucune information, tu finis par en déduire que l’endroit est fermé et tu te dis que quand même ce n’est pas très déco de mettre des grilles de fer devant l’entrée d’un bâtiment pour en empêcher l’accès.

Les deux autres fois, tu t’es levée à l’aube, mais tu as vite été découragé par la file d’attente à n’en plus finir et tu as préféré rentrer chez toi. La quatrième fois tu es plus déterminée que jamais. Tu expliques à la petite dame de la réception les motifs de ta venue (ton désir de découvrir les locaux, ta sympathie pour les gentilles dames blasées des administrations, venir faire un petit coucou à Monique pour la féliciter, elle vient d’être grand-mère…)* Une fois la simulation faite, tu attends gentiment que ton nom s’affiche sur le petit écran afin d’être « accueillie » dans un bureau minuscule.

Tu entres avec ton plus beau sourire saluant chaleureusement ta future interlocutrice qui, sa journée à peine commencée, semble avoir le moral dans les chaussettes. D’ailleurs elle ne te regarde pas, ne semblant pas reconnaître cette humanité qui vous lie l’une à l’autre. Des cas comme toi, elle en voit défiler tous les jours dans son bureau, et ne prend même plus la peine de prêter attention aux personnes qu’elle reçoit. Nous ne sommes que de vulgaire numéro, des situations toutes plus pathétiques les unes que les autres alors à quoi bon s’attendrir ? A quoi bon prêter une oreille attentive, à quoi bon faire preuve d’empathie, à quoi bon écouter et solutionner ?

Tu restes malgré tout confiante, et même si la dame ne t’a pas salué, tu ne lui en tiens pas rigueur. Une seconde fois tu expliques les motifs de ta venue (découvrir les locaux tout ça ! Non je déconne pauv’ cloche file moi la maille j’en peux plus de vivre avec rien ! Ouais c’est un hold-up ! File moi le fric j’te dis ! Elle sort un gun…)*.

La tension se fait de plus en plus pesante, de plus en plus oppressante. Tu n’es pas la bienvenue et la dame derrière son bureau te le fait bien sentir. Tu as beaucoup de mal avec son attitude. Tu n’apprécies guère le fait qu’en plus de te parler comme à une demeurée, elle adopte avec toi un ton sec, agressif et désagréable. Elle ne le sait pas mais ton ultra sensibilité te permet de décoder le message crypté qu’elle t’envoie et à vrai dire c’est très désagréable. Voilà ce que tu entends: « Encore une casso’s ! J’en ai marre, mais alors j’en ai marre ! Et puis c’est toujours les mêmes profils ! Ras le bol de tous ces c……., ils me font tous c….! » 

Elle n’a pas le regard tendre et son air aigri te débecte. Sa gestuelle corporelle en dit long. Tu aimerais lui expliquer que du haut de ton Bac + 5 et de tes diverses expériences professionnelles, tu te retrouves sans rien, que ça arrive, que c’est la vie. Tu aimerais lui parler des conjonctures actuelles, de la crise, de la magie du CDD, du chômage. Tu aimerais lui avouer que tous les matins tu as envie de pleurer lorsque tu consultes les annonces d’offres d’emploi, dépitée de constater que ces dernières se limitent à des propositions de stage, ou de CDD, et que malgré toutes tes compétences et ton hyper motivation, les recruteurs ne daignent pas donner suite à ta candidature.

Tu aimerais lui dire que tu cherches ton premier emploi, pas un simple job étudiant, ni un job alimentaire, mais un métier, et même plus, le métier de tes rêves, celui qui correspond à toutes tes attentes : missions, cadre, rémunération, etc, etc. Celui qui déterminera toute une trajectoire professionnelle.

jeune diplomé cherche emploi désespérément

Tu aimerais adoucir son cœur et partager avec elle mais il n’y a déjà plus rien à faire pour cette âme insensible, cette femme sans vie, ce zombie des temps moderne, totalement lobotomisé. Vous n’êtes pas de la même génération, vos esprits ne sont pas configurés de la même façon et tu te demandes ce qu’elle a bien pu inculquer à ses enfants. En réalité ce n’est pas un problème générationnel, ça vient d’elle. Cette femme vit dans une dimension parallèle dans laquelle tu n’es pas, ce qui explique sans doute cette incapacité que tu as de communiquer avec elle. Et oui, vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde, ça doit être ça !

Tu ne te laisses pas abattre. En arborant ton plus joli sourire tu la remets à sa place en finesse (Bree Van de kamp t’as enseigné beaucoup de chose dans l’art et la manière de clasher ton adversaire avec classe ! A moins que ce ne soit Booba et ses punchlines douteuses ?…) Tu lui rappelles tout même son rôle en tant qu’agent du service public payé par le contribuable (c’est-à-dire toi, moi, nous et eux). Tu lui remémores le cadre de ses fonctions : qualité d’accueil et de service, écoute, information, mais apparemment madame n’en n’a que faire, ça n’impacte pas le salaire qu’elle perçoit à la fin du mois alors à quoi bon travailler correctement et avec plaisir ?…

Tu lui expliques que tu n’es pas venue l’embêter mais simplement obtenir des renseignements  quant à la procédure à suivre pour obtenir le Graal. Même si pour l’instant tu ne perçois aucune indemnité, tu n’as simplement pas le droit de percevoir le RSA. La déception des premiers instants cède la place à un grand soulagement. Tu n’es pas si pauvre que ça finalement ! Tout d’un coup tu vois la vie en rose. Puisque l’Institution estime que tu peux décemment vivre avec ce que tu as, c’est à dire pas grand chose !…

Sur le chemin du retour tu repenses à l’échange que tu as eu dans ce bureau minuscule et sordide, tu repenses à cette femme. Derrière ce visage se cache une grande solitude, une grande souffrance. Tu te dis que dans l’histoire la pauvre ce n’est pas toi, c’est celle qui vit avec l’amertume au cœur, incapable de changer une vie qui semble ne pas lui convenir, ne pas l’animer. Cette pauvre femme c’est elle, celle qui t’a jugé de son regard froid et glacial, celle pour qui il n’y a aucune perspective de changement.

Pour toi la vie s’offre pleines de possibilités ! Et puisque tu n’as rien, tu ne peux que gagner ! Malgré la peur, malgré les doutes, malgré l’angoisse, tout est à créer ! Ce n’est peut être pas un hasard si la vie t’a mené là, sur une route en apparence sinueuse et pleine d’embuche. Le chemin ne sera pas de tout repos, et tu le sais, mais l’aventure en vaut la peine puisque face à cette situation que tu expérimentes, tu as pris la responsabilité de ton existence, et tu as décidé de concrétiser tes rêves, d’atteindre tes objectifs, plutôt que de passer ton temps à rêver ta vie, cachée derrière un bureau minable à maudire le monde entier, par crainte, et afin d’assouvir un besoin de fausse sécurité.

Le monde, celui où la vie défile et n’attend pas, celui où la vie a le meilleur à offrir, à condition de ne pas s’enfermer dans une vision  étriquée  et cristallisée par de fausses croyances.

jeune diplômé cherche emploi désespérément

Je ne suis pas la seule à vivre cette expérience. Nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à être diplômés, et sur diplômés, errants dans les couloirs sans fin des administrations à la recherche de minima sociaux pour vivre, quémandant des emplois souvent minables et sous rémunérés pour payer nos factures et remplir notre frigo, hésitant entre amertume, colère et désillusion.

Je vous encourage à garder le moral même si ce n’est pas toujours évident et ce quoi qu’il arrive. Continuer à vous former, à vous informer, adhérer à des associations, soyez autodidactes, oser, soyez curieux et vifs d’esprits et continuez au changement.

Je vous encourage à vivre vos vies et à réaliser vos rêves ! Je vous encourage à garder la force et la détermination d’aller de l’avant car ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Donner vous les moyens vous en êtes capables.

*Considérez ces phrases comme des indications, une sorte de didascalie accompagnant le texte : âmes sensibles s'abstenir !

About Author

Auteure, mumpreuneure et coach, Aude a fondé Belle ô pluri'elle avec l'objectif  de valoriser l'essence féminine et promouvoir les beautés plurielles. Accompagner et aider  les femmes à révéler tout leur potentiel est une mission qui la passionne. Découvrez son dernier livre Osez le chômage ! Un tremplin vers la carrière de vos rêves paru aux éditions Vérone. http://osezlechomage.fr

(2) Comments

  1. WOuaw ! Mais jeune dame vous n’êtes plus au chômage…
    Quelle clairevoyance ! C’est décidé, vous êtes la psycologue de la vie.

  2. Ma chère Mlyne merci pour ce retour qui me va droit au cœur! Cet article est important, il est nécessaire que nous puissions partager nos expériences et rire d’un système défaillant! Autoproclamons-nous chef et patron de nos propres projets!C’est dit, je suis fière d’être rédactrice en chef du blog Belle ô pluri’elle!

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