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Lever le voile

Depuis quelques années, le débat sur le voile fait rage en France, alimentant et attisant l’incompréhension des uns, la colère des autres et laissant dubitatif les plus neutres. Si l’on s’en réfère au sens commun, une femme voilée est une femme soumise. Il n’existe pas d’autres alternatives. Je m’interroge quant à cette unique possibilité, et j’entrevois toutes les limites d’une telle conclusion.

Une réflexion commune

Avant d’aller plus en avant, je tiens à préciser que mes interrogations à propos du sujet que j’évoque avec vous se cantonnent à la France. Je ne parle pas des femmes voilées issues d’autres pays dont les situations diffèrent pour de nombreuses raisons et du simple fait que leur histoire est intimement et profondément liées à l’ère socioculturelle dans laquelle elles vivent. Un jour peut-être aurais-je l’audace de m’aventurer à écrire un article sur la question. Mais revenons-en à mon observation en tant que jeune femme française, résidant en région parisienne et s’interrogeant sur tout le discours ambiant autour du voile et du burkini en France.

Si je m’en tiens donc à certains discours, une femme voilée est une femme soumise. Je ne suis pas tout à fait satisfaite par cette réponse. Premièrement parce qu’elle tend à enfermer les femmes dont il est question dans une trajectoire linéaire les plaçant dans une posture de femme passive. Deuxièmement, parce que ses femmes sont pour la majorité françaises, qu’elles connaissent les codes du pays dans lequel elles ont grandit et qu’au même titre que les autres savent de quel droits elles jouissent.

Femme voilée, femme soumise ?

En imposant l’idée qu’une femme voilée est une femme soumise, on nie dans le même temps sa capacité à décider pour elle-même de son propre sort, de son apparence et de ces choix. On fait de cas particuliers et individuels une réalité globale. On rejette l’idée de parcours, d’histoire et de vécu de chacune de ses femmes. On supprime la capacité de ces dernières à être des femmes libres et émancipées, libre de choisir de porter ou pas le voile, libre de vivre et d’exprimer leur féminité avec des valeurs qui leur font écho. On part du principe unique qu’une femme voilée est une femme victime d’une oppression extérieure. Si cela s’avère être une réalité pour certaines d’entre elles, je ne suis absolument pas convaincue qu’il s’agisse d’une vérité générale.

Peut-on considérer que la société française fait preuve de tolérance et de bienveillance à l’égard de ses femmes ? Sous couvert des valeurs démocratiques de notre pays, auxquelles je tiens particulièrement, avons nous le droit de stigmatiser les femmes qui portent le voile en revendiquant la nécessité de leur venir en aide ? Une femme voilée est-elle forcément une femme en détresse ? Une femme subissant des oppressions est-elle forcément voilée ? Cet argument ne serait-il pas une fausse raison de justifier, en toute légitimité, une stigmatisation que nous ne devrions pas accepter ?

Pas d’amalgame

Ne vous méprenez pas, j’ai bien conscience que dans certains cas de figure, une femme qui porte le voile en France n’est pas toujours maîtresse de sa décision et je ne néglige pas non plus la possibilité qu’elle ait été contrainte dans sa démarche. Cependant je tiens à vous interpeller quant à la nécessité d’être attentifs aux idées toutes faites que nous entretenons et à l’impression que nous avons d’être dans un positionnement juste quand il s’agit de définir les symboles de soumission féminine.

Nombreuses sont les femmes à souffrir d’une forme de soumission et d’oppression quotidienne ( qu’elle soit d’ordre affective, psychologique ou physique ) sans pour autant porter le voile.

Nous sommes tellement convaincus de détenir des clés de compréhension et d’analyse à propos de tout, à propos de ce que sont les choses et de ce qu’elles devraient être ( notamment à propos de la question du voile et des femmes ) que nous finissons par figer certains concepts, certaines idées ou objets. Dans cette logique, les symboles de soumission féminine finissent par prendre (eux aussi) l’allure que l’on veut bien leur attribuer. Levons donc le voile et essayons de voir plus loin !

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